Je découvre les EMI
Un soir, par hasard, je suis tombé sur un livre consacré aux expériences de mort imminente. Des récits de tunnels, de lumière, de paix indicible. Je connaissais ces histoires de loin. Elles m’avaient toujours intrigué, sans aller plus loin.
Puis une phrase m’a arrêté. L’auteur parlait d’une énergie d’amour absolu. Un amour sans condition. Une présence enveloppante, plus réelle que le réel. J’ai senti quelque chose vibrer en moi, parce que ce n’était pas nouveau.
L’écho de ma propre rencontre avec la Source
À vingt-deux ans, j’avais vécu une expérience que je n’avais jamais vraiment racontée. Au cours d’un moment de prière, je m’étais senti brusquement comme transporté dans une autre dimension. Il n’y avait plus rien de familier : ni lieu, ni bruit, ni repère. Seulement le noir total et un silence infini. Puis j’avais senti une Présence.
Je n’avais pas vu de visage ni entendu de voix. Ce n’était pas un corps physique, mais une énergie lumineuse, comme un flux de lumière qui trouait l’obscurité et se dirigeait vers moi. Elle m’avait enveloppé d’un amour d’une intensité que je n’aurais jamais pu imaginer. Un amour sans jugement, sans condition, sans reproche. Un amour qui ne m’évaluait pas et ne me demandait rien. Il était simplement là et il me donnait tout ce qu’il avait, tout ce qu’il était.
Cet amour me traversait et remplissait tout mon être. J’avais pleuré de reconnaissance, parce que quelque chose en moi retrouvait sa maison, sa famille. D’autres rencontres avec cette énergie avaient suivi, parfois très douces, parfois fulgurantes. Chaque fois, le message était le même, une évidence intérieure : l’amour est la seule chose qui compte.
Une expérience bien cachée
J’avais classé tout ça dans un coin secret de ma mémoire. Trop intime. Trop étrange. Trop difficile à expliquer, surtout pour mon milieu qui se voulait rationnel. Et voilà que ces pages mettaient des mots sur ce que j’avais ressenti. Quelque chose en moi reconnaissait. Je n’étais pas fou. Je n’avais pas halluciné. Je n’avais rien inventé. Des centaines de milliers de personnes ont vécu la même expérience.
Je me suis redressé sur le lit, des papillons dans le ventre. À partir de ce jour-là, j’ai lu avec une soif que je ne me connaissais plus. Des dizaines de livres sur les expériences de mort imminente. J’ai plongé dans ces récits qui me faisaient me sentir vivant et joyeux. Je lisais jusqu’à oublier l’heure. Les piles de livres grandissaient au pied du lit.
La vie revient
Et à mesure que je lisais, je sentais la vie revenir. La source se fluidifiait, le flot s’élargissait de jour en jour. Au bout de quelques semaines passées à lire, quelque chose a changé. Je ne voulais plus seulement comprendre. Je voulais partager. Ce que racontaient ces récits d’expériences de mort imminente me bouleversait. Cette énergie d’amour, cette lumière, cette cohérence entre les traditions… C’était trop beau pour rester enfermé dans ma chambre. Un matin, j’ai ouvert mon ordinateur. Je me suis dit : et si je créais un site ? J’étais porté par une joie immense à l’idée de rassembler ces témoignages, de les relier, de les mettre en regard avec les grandes traditions spirituelles.
Les premiers articles sont nés ainsi, un par un. Je passais des heures à écrire, à relire, à chercher les mots justes pour essayer de toucher le cœur de mes futurs lecteurs. Et chaque fois que je cliquais sur “publier”, je ressentais une légèreté nouvelle. Au bout d’une vingtaine d’articles, une évidence s’est imposée : j’ai la matière d’un livre. Puis, un peu après : Et si j’osais ?
Écrire pour revivre
Quelques semaines plus tard, je me suis isolé dans un petit chalet en montagne en plein mois de janvier. Dehors, la neige tombait, à l’intérieur le poêle flambait, les buches craquaient avant de s’enflammer. Moi, je me levais tôt, j’écrivais presque sans m’arrêter. Les phrases sortaient comme une rivière souterraine qui trouvait enfin son débouché.
Au bout d’une semaine, le premier jet était là. Je l’ai retravaillé patiemment dans les semaines suivantes. Puis je l’ai publié. Le jour où j’ai tenu le livre entre mes mains, j’ai senti une paix profonde. Quelque chose en moi s’était remis à sa place. Je n’avais pas changé de métier, de lieu de vie ou de compagne. J’avais simplement cessé de me couper en deux. Et pour la première fois depuis longtemps, je me suis senti aligné. Habité. Joyeux sans agitation. Je n’étais plus en train de survivre. Je commençais à vivre.
Quand le doute revient
Il m’arrive encore de douter. Les peurs anciennes ne disparaissent pas d’un coup. La tentation de me taire, de rentrer dans le rang, revient parfois frapper à la porte. Le plus douloureux c’est cette petite voix intérieure qui revient régulièrement : à quoi ça sert ? Tu n’arriveras à rien, ne te fatigue pas.
Alors je me souviens. Je me revois incapable de sortir de ma chambre, prisonnier de ma propre vie, coupé de ce qui me faisait vibrer depuis l’enfance.
Et je sens la vie qui m’appelle en moi. Même si personne ne me lisait, je continuerais quand même — à cause de la joie intense que je ressens chaque fois que je commence à mettre des mots sur un écran. Écrire est devenu pour moi le meilleur antidépresseur.
Entrer dans la vraie vie
Le burn-out a été une traversée douloureuse. Une nuit dont je ne souhaite l’intensité à personne. Mais il a été aussi un tournant. Il m’a empêché de continuer une sous vie. Il a brûlé tout ce qui était superficiel et m’a contraint à regarder ce qui était essentiel.
Le chien noir de mes rêves ne m’a plus jamais mordu la main depuis. Parce que j’ai retrouvé le lien avec ma source. Cette source que j’avais entrevue à vingt-deux ans, que je n’osais plus nommer, et vers laquelle le burn-out m’a ramené, comme une tempête peut conduire un voilier jusqu’à une ile nouvelle et accueillante.
Depuis, je cherche des mots pour en parler aux autres. Et chaque mot que je pose laisse jaillir un peu plus la Source.

