L’Amour peut-il toucher les cœurs les plus fermés ? Trois rencontres spirituelles stupéfiantes en prison

Assassin, gangsters, braqueurs, fugitif : Jacques Fesch, Jacky Van Thuyne et André Levet semblaient irrécupérables aux yeux du monde. Et pourtant, c’est précisément en prison que chacun d’eux a vécu une rencontre bouleversante avec l’Amour inconditionnel de la Source/Dieu/l’Univers. Leurs histoires, aussi différentes les unes des autres, portent le même message : nous pouvons tous être rejoints par cet Amour sans limites, quelle que soit la dureté apparente de notre cœur et la violence de notre vie.

Ces hommes que rien ne prédisposait à rencontrer Dieu

Ils n’avaient pas grand-chose en commun, si ce n’est d’avoir vécu une existence à l’écart de toute vie spirituelle, puis d’avoir fini derrière les barreaux pour des crimes graves.

Jacques Fesch

Né en 1930 dans une famille bourgeoise, grandit dans l’insouciance et un ennui profond. Il hante les boîtes de nuit et enchaîne les conquêtes sans lendemain. Un rêve finit par s’imposer : gagner la Polynésie à bord d’un voilier. Mais il lui faut de l’argent, et vite. Le 25 février 1954, il tente de braquer un comptoir de change. Tout tourne au fiasco. Dans la panique, il tire à l’aveugle et tue un policier.

Jacky Van Thuyne

Né en 1945 dans le nord de la France, dans une famille où la rudesse tient lieu d’éducation. Son père, brutal et grand buveur, ne lui transmet guère autre chose que la loi du plus fort. Sa mère sombre dans l’alcool et disparaît de sa vie à ses 16 ans. La rue est sa vraie école. Les échecs s’accumulent, les désillusions aussi, et Jacky bascule dans la violence : braquages, prises d’otages, cavales.

André Levet

Il naît en 1932 dans une famille athée. Il n’a jamais entendu parler de Dieu — ni en bien ni en mal. La guerre éclate, son père est déporté, sa mère disparaît. Livré à lui-même à 13 ans, il fugue à Marseille, dort dans la rue. À 15 ans, une attaque à main armée. À 18 ans, l’armée en Indochine pour éviter les maisons de correction. Puis, de retour en France, une vie de grand banditisme : braquages de banques, trafic de drogue. Trois fois arrêté, trois fois évadé, trois fois repris.

Il finit par être transféré dans une prison réservée aux cas les plus difficiles. On l’enferme dans une cellule minuscule avec un lit scellé dans le mur. Cette fois, il n’a aucune perspective d’évasion. Et aucune envie d’entendre parler de Dieu.

Trois hommes au bout du rouleau, enfermés entre quatre murs, et a priori fermés à toute spiritualité. C’est précisément là que tout va se passer.

Dans le silence de la cellule, quelque chose d’inattendu

Un appel à l’aide

Pour Jacques Fesch, tout se joue dans la nuit du 1er mars 1955. Dans l’étroitesse de sa cellule, terrassé par l’angoisse, il supplie Dieu de lui venir en aide. Ce qu’il reçoit alors dépasse toute explication humaine : une lumière intérieure le submerge brusquement, une paix surnaturelle l’envahit tout entier. C’est un retournement complet de tout son être : sa volonté, son intelligence, son cœur. Jacques voit le Christ à ses côtés. Il le restera toute sa vie.

Le voile se soulève

Pour Jacky Van Thuyne, la porte s’entrouvre un soir de septembre 1981, de manière presque accidentelle. Un codétenu propose une séance de spiritisme. Jacky y participe avec méfiance, « pour voir ». Mais quelque chose se fissure en lui ce soir-là. De retour dans sa cellule, une pensée surgit, simple et fulgurante, comme tombée du ciel : « S’il y a une vie après la mort, alors Dieu existe. » Ce n’est pas un raisonnement. C’est une évidence.

Et aussitôt, quelque chose d’inouï se produit. « C’est comme si « on » me réveillait avec précaution », raconte-t-il. « Je me sens baigné d’une incroyable douceur. Je me laisse envahir dans tous les membres, sans effort, ni physique ni cérébral. » Le lendemain après-midi, l’expérience s’approfondit encore. Jacky décrit « un voile, quelque chose de très léger, à la hauteur du front », qui s’enroule et s’enlève lentement, de gauche à droite, en oblique. « J’ai eu le sentiment de devenir intelligent d’un seul coup. Jusqu’alors, je ne pouvais pas exprimer ce que je ressentais, et voilà que les mots venaient facilement. » Trois jours de plénitude inouïe s’ensuivent. Lui, l’écorché vif, se surprend à dire « bonjour » et « merci » aux gardiens, avec douceur.

Il met Dieu au défi

Pour André Levet, la rencontre est peut-être la plus spectaculaire des trois — et la plus longtemps préparée, à son insu. Pendant dix ans, un prêtre de Laval lui a écrit régulièrement, avec une patience remarquable, lui parlant de Dieu lettre après lettre. André résistait ferme : « Un Dieu qu’on ne voit pas, je ne peux pas y croire. Moi, les banques que j’attaque, je les vois — au moins j’y crois. » Le prêtre lui avait envoyé les Évangiles reliés, en lui disant qu’il pourrait les lire n’importe quand, n’importe où, en commençant par n’importe quelle page.

André avait jeté le livre. Puis, sous l’insistance du prêtre, il l’avait ouvert neuf fois en dix ans, avec le même scepticisme sourcilleux. Il avait lu les noces de Cana et tourné son robinet en demandant au « mec » de faire couler du vin. Rien. Il avait trouvé ça décevant. Il avait lu la résurrection de Lazare et s’était révolté : son copain tué par les policiers, lui, n’était pas ressuscité. Et puis il avait lu la Passion : cet homme qui n’avait fait que du bien, qui est fouetté, sur qui on crache et qu’on finit par clouer sur une croix. Quelque chose avait remué en lui, profondément, sans qu’il sache encore quoi.

Un soir, il lance un défi à ce Jésus dont il a lu l’histoire : « Si tu existes vraiment, viens me voir cette nuit à 2 heures du matin. On sera tranquilles pour discuter. Et si t’es si costaud, ouvre mes barreaux, que je me casse. » Puis il s’endort profondément, ayant oublié ce qu’il vient de dire.

Un réveil inattendu

Au milieu de la nuit, il est secoué brusquement. Il bondit, prêt à frapper — mais il n’y a personne. Et c’est alors qu’une voix résonne en lui, « forte et claire, comme dans un tunnel » : « Il est 2 heures, André, nous avons rendez-vous. » Il appelle le gardien, pensant que c’est lui qui le tourmente en pleine nuit. Quelle heure est-il ? Deux heures. Deux heures combien ? « Deux heures pile. » Et le gardien lui dit de se rendormir. Mais la voix reprend, encore plus forte : « Je suis ton Dieu, le Dieu de tous les hommes. » André crie : « Montre-toi ! »

Et c’est alors que du côté des barreaux qu’il a regardés si souvent en rêvant de les voir disparaitre, une lumière apparaît. Les mots, dit-il, sont trop pauvres pour la décrire : « Il n’y avait plus de plafond, il n’y avait plus de mur, c’était un ciel dans une cellule. » Dans cette lumière, un homme — les mains percées, les pieds percés, le côté ouvert. Et ces seules paroles, adressées directement à lui : « C’est aussi pour toi. »

Quand l’amour de Dieu change tout — jusqu’aux petites choses

La transformation stupéfiante de ces hommes a ému beaucoup de personnes, témoins directs ou indirects.

Jacques Fesch se met à écrire des textes spirituels d’une profondeur remarquable.  L’aumônier de la Santé reconnaît en lui une métamorphose authentique et totale. Et lorsqu’il est condamné à mort le 6 avril 1957 — un Vendredi saint, comme par un signe providentiel —, Jacques l’accueille dans une paix surnaturelle qui stupéfie jusqu’au directeur de la prison. La veille de son exécution, ses derniers mots écrits sont d’une simplicité bouleversante : « Dans cinq heures, je verrai Jésus. »

Chez Jacky Van Thuyne, le changement est tout aussi radical, mais il passe d’abord par les petites choses, et c’est touchant. L’argent, le risque, le sexe : plus rien de tout cela ne l’intéresse. Il donne sa montre de prix dont il était si fier. Il se découvre une capacité nouvelle et inattendue d’émerveillement pour des riens : « Un rayon de soleil à travers les barreaux, une fourmi sur le sol, la timide gentillesse d’un codétenu… Mille petits bonheurs dans l’enfer de la taule. »

Lui, le caïd respecté, accepte d’être humilié, de porter le café et de nettoyer les couloirs. Lorsqu’au moment de son procès le président lui demande s’il a quelque chose à ajouter, il se lève avec un grand sourire : « Ma vie désormais, c’est de servir Dieu dans mes frères les plus pauvres. Quelle que soit la peine que vous m’infligerez, c’est bien. Il y a beaucoup à faire en prison, et je n’aurai jamais assez de toute ma vie pour remercier le Christ. »

Chez André Levet, la transformation est tout aussi foudroyante. De 2 heures du matin jusqu’à l’ouverture des cellules à 7 heures, il reste à genoux, laissant remonter à la surface tout le mal accumulé depuis l’enfance. « Tous ces fardeaux, tous ces braquages, toute cette haine, ces poings tendus — c’était ce Jésus, par sa grande miséricorde, qui était venu dans cette cellule pour m’en libérer, moi qui n’étais que boue. »

Quand les gardiens l’aperçoivent à genoux et en larmes, ils croient d’abord à une ruse, une nouvelle tentative d’évasion. Ils ont raison, dit-il avec un humour qu’il n’avait sans doute pas avant : « Je venais bien de faire ma dernière évasion — avec Jésus-Christ. Et celle-là, personne ne pourra l’arrêter. »

Témoins jusqu’au bout : une vie donnée aux autres

Aucun de ces trois hommes ne gardera cette expérience pour lui. C’est peut-être le signe le plus éloquent de l’authenticité de ce qu’ils ont vécu : l’amour reçu devient un amour transmis, souvent au prix de sacrifices réels.

Jacques Fesch n’aura pas le temps de construire une vie nouvelle à l’extérieur de la prison. Il est guillotiné à l’aube du 1er octobre 1957. Mais ses deux livres — Lumière sur l’échafaud et Cellule 18 — ont depuis touché des milliers de personnes à travers le monde et provoqué de nombreuses conversions. Son procès en béatification, ouvert en 1993 par le cardinal Lustiger, est toujours en cours. « J’espère qu’il sera un jour vénéré comme une figure de sainteté », a dit le cardinal.

Jacky Van Thuyne, sorti en 1986, consacre les décennies suivantes à la réinsertion des anciens détenus. Il fonde l’association CHRIST — Centre d’Hébergement et de Réconciliation Intérieure des Sans-Toit —, témoigne dans des prisons, des universités, des communautés à travers toute la France. « J’étais mort, je suis revenu à la vie », résume-t-il d’une phrase.

André Levet, sorti six ans après sa nuit de feu, voulait d’abord entrer au séminaire. On lui fait comprendre que sa place n’est pas derrière des murs supplémentaires. Il est alors allé vers les plus pauvres : clochards, prostituées, drogués, détenus. Il est retourné dans les prisons témoigner auprès de ceux qu’il appelle désormais ses frères. L’homme qui voulait s’évader à tout prix a trouvé, dans une cellule fermée à double tour, la seule liberté que personne ne peut reprendre.

Trois hommes, trois cellules, trois nuits décisives. Leurs histoires disent ensemble, que l’Amour de la Source ne se décourage pas devant les cœurs les plus endurcis. Il attend, il insiste, il frappe à la porte — et parfois, alors que tout semble perdu, il entre.

 
Voir également l’article Touché par l’Amour inconditionnel et l’article sur le site la vie et après.fr : Il n’y a pas de jugement après notre vie. Même pour les affreux et les méchants.