Chercher Dieu : une idée qui peut rendre la spiritualité invivable
J’ai longtemps associé la recherche de Dieu à une forme de renoncement intérieur : moins de joie, moins de désir, moins d’attentes humaines. Comme si la fidélité spirituelle passait nécessairement par une mise à distance du bonheur.
Cela me plaçait dans une tension permanente :
- Dieu contre la joie,
- Dieu contre le désir,
- Dieu contre l’amour humain.
En réalité, cela me terrifiait. Car si chercher Dieu impliquait de me priver durablement de ce qui rend la vie vivante, comment aurais-je pu m’y engager de tout mon cœur ?
Sans surprise, je n’y arrivais jamais longtemps. Et je me sentais coupable de cet échec répété.
Avec le recul, je comprends que le problème n’était pas un manque de foi, de motivation ou de générosité. C’était à la fois plus simple et plus profond : je m’étais trompé sur ce que Dieu propose réellement.
Et si Dieu était la source de la joie que nous cherchons ?
Ce que je commence à vivre aujourd’hui est très différent. Je découvre que Dieu peut réellement apporter la joie et l’amour que je cherche depuis toujours. Et qu’il le fait de manière concrète, intime et profondément réelle. Pas comme une simple idée consolante, mais comme une expérience intérieure qui apaise et dilate.
Comme vous, sûrement, j’ai toujours ressenti une soif intense, un désir d’amour inconditionnel, de plénitude et de repos intérieur. Cela m’a longtemps poussé à chercher partout comment apaiser cette soif : dans les relations, les projets, les engagements. Mais j’ai bien vu que rien de tout cela ne répondait pleinement à mon désir.
Je comprends cette soif comme une nostalgie de l’âme : le souvenir confus d’un état d’unité, d’un « bain d’amour » originel. Tant que cette nostalgie n’est pas reconnue, elle nous disperse. Lorsqu’elle est accueillie, elle devient une orientation.
Les cadeaux de la vie… et Celui qui les donne
Pendant longtemps, je me suis attaché aux cadeaux :
- Les relations de toutes sortes,
- L’amour humain,
- Les expériences les plus intenses possibles,
- Les réussites,
- Les consolations.
Rien ne m’a satisfait durablement, non pas parce que c’était mauvais en soi, mais parce que j’en attendais trop. Je leur demandais de me combler entièrement.
Aujourd’hui, je découvre une autre logique : chercher d’abord la source des cadeaux, plutôt que les cadeaux eux-mêmes.
Cela ne diminue en rien la valeur des relations humaines. Mais elles cessent de porter le poids du salut. Elles redeviennent ce qu’elles sont : précieuses, limitées, belles, essentielles — sans être absolues.
« Cherchez d’abord le Royaume de Dieu » : une lecture libératrice
La phrase « cherchez d’abord le Royaume de Dieu » m’a longtemps semblé austère, presque menaçante : renonce d’abord, tu verras ensuite.
Aujourd’hui, je la comprends autrement :
- Chercher d’abord le Royaume, ce n’est pas se priver ni souffrir.
- C’est d’abord recevoir la plénitude, la joie et l’amour qui viennent de Dieu.
Et « le reste est donné par surcroît » — non pas comme une récompense après la frustration, mais comme un fruit naturel de la plénitude reçue.
Le surcroît n’est pas ajouté au manque et à la souffrance. Il est ajouté à l’abondance et au bonheur.
La joie spirituelle ne supprime pas la joie humaine, elle la libère
Contrairement à une idée tenace, ce chemin ne conduit pas à une vie désincarnée ou distante.
Quand Dieu devient la joie première :
- L’autre n’a plus à me sauver et je n’ai pas non plus à le sauver ;
- L’amour devient plus libre : l’autre n’est pas responsable de me donner tout ce dont j’ai besoin et inversement ;
- Les relations cessent d’être marquées par l’inquiétude, car elles ne portent plus la responsabilité de notre bonheur.
Les relations humaines deviennent alors des lieux de circulation de l’amour reçu, et non des tentatives pour combler un vide intérieur.
Réconcilier spiritualité et bonheur
Ce que je vis aujourd’hui n’est pas un renoncement, mais une réconciliation :
- Entre Dieu et la joie,
- Entre spiritualité et désir,
- Entre fidélité et bonheur.
Je comprends enfin pourquoi je n’arrivais pas à « chercher Dieu premièrement » : on me demandait, en réalité, une spiritualité contre la joie. Or, je ne suis pas fait pour cela. Aucun de nous ne l’est.
Chercher Dieu premièrement, ce n’est pas renoncer au bonheur. C’est le trouver à sa source, pour pouvoir ensuite aimer le reste sans s’y perdre.
Conclusion : suivre la joie comme boussole spirituelle
Si je devais résumer ce chemin en une phrase, ce serait celle-ci :
Quand Dieu devient la joie première, la vie humaine cesse d’être une frustration plus ou moins permanente. Elle devient un cadeau.
Et c’est peut-être pour cela que cette phrase m’accompagne désormais comme une boussole simple et fiable :
Suis ta joie, elle connaît le chemin.
Pour aller plus loin : l’article « L’autre côté du voile ? Un amour XXL et zéro jugement »

